La gestion de la crise sous d’autres cieux
La crise dans les pays du Sud n’a rien d’exceptionnelle. Alors que aujourd’hui au Nord, nous tremblons tous pour nos économies, maigres ou grosses, au Sud, ils ont fini de trembler depuis longtemps. Ils gèrent au quotidien.
Gérer, c’est le mot très tendance là bas. Tout se gère, des relations sentimentales aux conflits de personne. C’est d’ailleurs pour ça que lorsque la crise a commencé à ralentir l’économie du pays, les solutions ont été très vite trouvées. Le système « D » lisez plutôt débrouillardise est roi chez les gens du Sud, ceux qui se trouvent dans les pays en voie-de-développement, dit-on.
Prenons le cas de la famille Ngombe (Nickname) : à l’époque, les affaires de Mr Ngombe prospéraient. Toutes les femmes du quartier enviaient son épouse. Car elle faisait la tendance; tous les pagnes à noms étaient vus sur elle avant que les autres les portent. Aujourd’hui, Mme Ngombe s’habille en Real wax “ made in ” où déjà, pas très nette. On ignore vraiment la vraie marque de ce tissu qui n’est ni hollandais ni anglais, ni même chinois.
Quelle importance du moment qu’elle n’est pas connue ?
Avant la crise, Mme Ngombe avait deux servantes (domestiques), quand elle décidait d’aller au marché elle même, juste pour voir et se montrer, le chauffeur était au petit soin pour elle. A défaut de chauffeur, elle envoyait quelqu’un chercher un taxi. Mais aujourd’hui, elle se déplace et attend le taxi ou disons le taxi-moto à deux roues sur le bord de la route comme tout le monde. Envoyer quelqu’un sous entend donner un pourboire. Mme Ngombe préfère garder le pourboire dans son propre porte-monnaie. Une autre façon de gérer la crise !
Le nouveau régime dans la famille Ngombe comme dans la majorité des familles, ne vient pas d’un quelconque gourou pour célébrités ou familles nanties. Ce régime plébiscité par Mme Ngombe s’appelle le régime Carême. Il n’est pas nouveau, dans les années 1990, il s’appliquait déjà dans certains quartiers populaires de la capitale du Congo Kinshasa. Toutes les femmes de Kinshasa dans la partie Est, vendeuses de poisson et de cossettes de manioc « Glaneuses » pour la plupart, s’occupaient du repas lorsqu’elle rentrait du marché et ou des ports privés le long du fleuve Congo à 19 heures ; juste le temps d’effectuer un petit tour à la douche pour se débarrasser de l’odeur de poisson et de la farine du manioc avant de servir le repas. Il était presque 21heures lorsque la maisonnée pouvait enfin manger. Voilà pourquoi ça s’appelait régime « carême ». Il fallait faire le stock en milieu de journée et tenir jusqu’au lendemain à la même heure. Et ainsi de suite !
Pour petit rappel, Mme Ngombe n’a pas invité la crise, mais elle se débrouille avec son mari comme si, de rien n’était pour faire comme d’habitude la tendance. C’est pareil avec l’achat des fournitures scolaires lors de la rentrée scolaire : notre Mme Ngombe se rendait à la librairie Saint Paul du centre ville et au niveau de Kintambo, et quelques fois chez Samafos, a finalement perdu les bonnes habitudes. Elle qui était habituée à acheter sans marchandage. Mais hélas la crise est venue tout gâcher. Aujourd’hui, Mme Ngombe prétend que c’est du gaspillage et c’est indécent de gaspiller autant d’argent alors qu’à la Librairie « Par terre » (sic), on trouve tout à moitié prix. La librairie par terre, c’est là où les livres sont disposés sur des tables basses ou parfois à même le sol. Mais la seule différence est qu’ici, tout est négociable ! Parfois, on peut facilement acheter un livre avec 90% off comme cela a été le cas avec le supermarché KIN2000 de la ville de Londres lors de l’ouverture de sa branche de Leeds.
Finalement, la crise a ouvert les yeux à tous mes compatriotes africains. A l’époque, on laissait le commerce aux autres, à ceux qui ne sont pas du pays, donc les étrangers.
A Kinshasa, nous les appelions des « Ndingari », entendez des musulmans maliens, tchadiens, guinéens, etc. Today, tout le monde est commerçant. Tous veulent gérer la crise.
On peut comprendre les apprentis chauffeurs qui ont parfois envie de “jeter l’éponge” face à cette situation incontrôlable ou mêmes les passagers gèrent leurs déplacements. Certains passagers montent, puis au moment de payer, ils disent de leur voix miséreuse: Je suis militaire, je suis Croix-Rouge, je suis boulanger, je suis quado, gnagnagna gnagnagna. En général ce n’est pas le prix exact du billet. Et si l’apprenti ne veut rien entendre, il descend et finit à pied. Après tout, si les autres roulent en voiture, il a ses pieds lui assez robustes. C’est naturel et ça ne pollue pas ! N’est ce pas ? Pas étonnant que Mme Ngombe se soit transformée en une Jeanne d’Arc en un temps record. Elle mange moins, elle marche ; elle gère sa vie au taux du jour. Et toi qui me lis à travers ce magazine, comment gères-tu la crise ?
Last Updated (Sunday, 04 July 2010 08:09)


